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Jouer, monter sur scène, faire rire… : Le plaisir, c’est pour quand ?

Quelle est la place du plaisir dans la création artistique, notamment le One-Man-Show ? Est-ce une finalité ? Un moteur ? Une option ? On me dit qu’il faut « prendre du plaisir pour être bon » mais mon expérience me porte plutôt à penser qu’il faut « être bon pour prendre du plaisir ». La compétence mène à l’aisance. C’est quand j’ai réussi à me détendre que j’ai pu accéder au plaisir et juguler mon anorgasmie scénique.



Pendant longtemps, j’ai jalousé mes collègues humoristes qui sortaient de scène en jubilant « putain quel kif ! ». Jouer n’était encore pour moi que labeur, sueur, angoisse, survie, détresse et stress, bien loin de toute notion de plaisir. « Ce n’est pas possible, m’avait fait remarquer un de mes collègues, tu es forcément dans le plaisir sinon tu ne ferais pas ça ».

Et c’est vrai que normalement, une bascule s’opère. C’est ce qui m’arrivait quand je faisais de la télé et que j’étais en stress à chaque tournage.

A chaque fois, je me liquéfie derrière le rideau, rongée par l'envie furieuse de me retrouver six lieues sous terre, à me demander ce que je fais là, pourquoi je m’impose ça. Et puis après, je fonce, je sors mon bulldozer, j’écrase l’effroi, je dégage le terrain pour laisser l’expression de soi s’épanouir. L'angoisse laisse place à la jouissance. C’est comme sauter à l’élastique : on se dit qu’on va mourir avant, et on se sent vivant et galvanisé comme jamais après. Et cet « après » vaut de supporter tous les « avant ».


Le problème, c’est que 5 minutes de sketch, c’est trop court pour que la bascule se produise, pour expérimenter cet état de grâce. D’autant que chaque représentation est différente, ce qui a marché hier peut très bien faire un flop demain, parce que le contexte, l’énergie, le timing, l’ambiance, le moment, l’audience et les humeurs ne sont plus les mêmes.

Et puis, en 5 minutes, on n’a pas le temps de raconter des histoires. Il faut être dans l’efficacité comique immédiate, le reste est sacrifié à l’autel de la vanne. On se jette sous les projecteurs comme un gladiateur dans l’arène, soumis au public qui nous adjure de les faire rire. Et parfois on réussit, mais à peine a-t-on le temps de s’en réjouir que déjà c’est fini.

Et moi, je ne peux pas jouir en 5 minutes, j’ai besoin de préliminaires, le temps de me connecter à l’autre, de l’embarquer dans mon univers et de l’attacher à mon personnage.

Je reste persuadée qu’un comédien sans complexe ni doute gagne deux ans sur son équivalent rongé par l’inquiétude et le trac. Mon premier prof m’avait prévenu que le plaisir risque de se faire attendre et l’expérience de Blanche Gardin n’était pas pour me rassurer. Après un premier One qui a cartonné et avant de remonter sur scène pour le second, elle disait :

« J'ai l'impression que les conditions sont réunies pour que le plaisir soit enfin là ». Quelque temps après, alors que son spectacle se jouait à guichet fermé, elle concédait prendre enfin, depuis peu, « un peu de plaisir ».

« Il y a enfin des moments agréables, mais pas tout le temps, c’est comme le sexe ». Tout ça pour ça ?

Finalement, c’est en jouant mon One+One Show « Carole et Catoch’ partent en live », puis mon One « Nom d’une Quetsche ! », après trois ans de montagnes russes entre exaltation et doute, que tout a pris sens. Écrire des sketchs n’a jamais été une finalité en soi, mais un passage obligé.

Ce que je veux, c’est faire rire en racontant ma vie. Je suis là pour le storytelling, pas pour la vanne. Dans mon spectacle, je deviens drôle et attachante à mesure que les gens adhèrent à mon histoire.

Et quand la connexion se fait, quand j’entre en communion avec le public, j’ai l’impression que je pourrais les emmener où je veux, aussi longtemps que je le veux. J’entre en osmose avec l’univers et avec le sens de ma vie. Et là, oui, je kiffe !

Avec le temps, une relation s’est nouée avec le public, alors même que ce public n’est jamais le même. Comme dans un couple, la relation a gagné en profondeur, en complicité, en confiance. J’ai fini par laisser le bulldozer au garage pour me balader sur scène. J’ai lâché prise, si bien que maintenant, je peux même, parfois, jouir en 5 minutes. Voire moins. Il m’arrive de monter sur scène, d’entrer en connexion immédiate avec les gens et de prendre mon pied dès la première phrase.

Comme disait Blanche Gardin, c’est pareil que pour le sexe… mais ça c’est une autre histoire ;-)

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