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Je suis "Emily in Paris"

Mis à jour : janv. 21

Comme humoriste, j’ai souvent eu à déplorer le manque d’autodérision et de second degré des Alsaciens. Avec Emily in Paris, je me rends compte que les Parisiens ne supportent pas forcément mieux le miroir grossissant qu’on leur tend. Face à la série, ils ont donné le LA : Se moquer des clichés d’Emily in Paris, c’est tendance. Apprécier la série, c’est ringard. Alors oui, Emily in Paris respecte les codes de la série américaine où les décors et les protagonistes sont trop beaux, trop propres sur eux pour être vrais, mais pour le reste, on n’est pas si loin de la réalité. Je le sais car... je suis Emily un Paris, la joliesse, le glamour et l’aplomb en moins. Depuis que j’ai débarqué avec mes gros sabots à Paris, j’ai vécu à peu près toutes les situations auxquelles Emily est confrontée l’espace de quelques épisodes.



Comme Emily, on m’a toujours fait comprendre que j’étais « trop ». Trop envahissante, trop bruyante, trop spontanée, trop directe, trop tout en fait. Je ne partage pas plus qu’Emily ce culte si français de la discrétion, où lever le voile sur le vrai soi relève de l’impudeur.

Comme Emily, je fatigue par mon côté excitée de la vie, mon énergie, mon débit, mon volume, qui font souvent ombrage à l’intérêt de mon propos.

Comme Emily, je suis pleine de bonne volonté mais terriblement maladroite, je mets les pieds dans le plat et me fais des ennemis dans un enfer pavé de bonnes intentions.

Comme Emily, j’ai peu d’appétence pour les relations professionnelles à base de small talks et de séduction, je préfère être directe, au service d’un projet et prospecter de façon argumentée, sans avoir le succès d’Emily qui lui, est bien fictionnel.



Comme Emily, je n’ai aucun mystère, je pense ce que je dis et je dis ce que je pense. Je suis une autiste du jeu sociale, incapable de lire entre les lignes, de saisir les non-dits, pourtant bien plus importants que ce qui est dit. Comme Emily, j’aurais besoin d’un traducteur, ne fus-ce que pour comprendre les 50 nuances de « ça va » dont aucune ne veut dire « ça va ! »

Comme Emily, je ne suis pas snob, je ne prétends pas savoir ce que je ne sais pas, j’assume mes lacunes et mon mauvais goût. Je les tourne en dérision dans mon spectacle. J’écoute et suis ma voix intérieure, quel que soit le qu’en dira-t-on. Je transcende mes échecs par la comédie, nourrie de faux pas et d'apprentissages.

Comme Emily, j’ai déjà dit « je gagne à être connue » sans me rendre à quel point c’est considéré comme prétentieux. Mais je sais que l’impact

de ma grande gueule et de ma tonitruance n’est pas fidèle à qui je suis.

« Si les apparences sont quelquefois contre moi, je ne suis pas ce que l’on croit », dixit Emily ? Non, dixit Claude François.

Comme Emily, je ne sais pas jouer la fausse modestie. On dit que je me

la pète quand je parle de mes qualités, de mes réussites, de mes fiertés. Car à Paris, on ne se la pète pas, on se la joue. On met toute son énergie

à entretenir la façade. On se protège à coup de je m’en fout.



Comme Emily, j’ai été jugée, mise dans des cases, déconsidérée. Je rigole un peu fort ? C’est que je cherche à me faire remarquer. Je défends mon point de vue ? C’est que je suis arrogante et que je veux m'imposer.

Comme Emily, on m’a demandé « pourquoi tu cries ? ». Mais ça c’est la version soft. J’ai surtout été approchée en mode « vous êtes obligée de parler aussi fort ? » pour bien me faire sentir que je suis une sous-merde de n’avoir pas baissé le ton de moi-même. Je me souviens même d’un rendez-vous professionnel où un inconnu du bureau d’à côté est venu interrompre la réunion pour m’engueuler « mais ça va pas de parler aussi fort ? »

Comme Emily, j’ai travaillé dans une filiale parisienne d’une société

anglo-saxonne, qui découvre avec effroi l’administration française,

le droit du travail, le personnel en grève, les femmes qui font la gueule…. D’après mon manager anglais, c’est pour ça que les Parisiennes ont des rides tombantes autour des lèvres (c’était avant le botox). Mais tout comme Emily, je reste admirative de ces vraies femmes, sophistiquées sans en avoir l’air, maîtresse de la répartie en toute circonstance.

Comme Emily, j’ai fait des efforts pathétiques pour m’intégrer à une agence au vernis rutilant où j’arrivais tel un chien dans un jeu de quilles… mais contrairement à Emily, moi je me suis fait virer au bout de quinze jours, parce que « nous n’avons pas la même culture » et que nous ne sommes pas dans une comédie romantique.

Comme Emily, j’ai découvert qu’à Paris, ce n’est pas le client qui est roi mais le serveur – qui te fait l’honneur de te servir – ou la vendeuse – qui te fait bien sentir que ce n’est pas le vêtement qui n’est pas à ta taille, mais toi qui n’a pas la bonne taille pour le vêtement.

Et pas comme Emily, moi ça fait plus de 30 ans que ça dure…


Emily in Paris me rappelle toutes ces petites humiliations que je subis au quotidien et qui sont le prix à payer pour vivre à Paris. Et ça vaut le coup, car Paris réussit malgré tout à rester la plus belle ville du monde. Parce qu’on croise à Paris bien plus de provinciaux, de déracinés, de passagers… que de vrais Parisiens, finalement plus indifférents que méprisants à l’égard de nous autres ploucs. A Paris, on peut faire et être ce qu’on veut. On trouvera toujours des gens qui nous ressemblent, nous complètent, nous aiment tels qu'on est, avec lesquels on va tisser des liens, nouer une complicité, et rigoler à gorge déployée en se moquant des Parisiens ;-)

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